Des baisers pour plus tard
Des baisers pour plus tard
Auteure : Rose Lagercrantz
Traductrice : Anna Marek
Graphisme : Elisabeth, Ferté
Editeur : De La Martinière
Collection : Confessions
205 p.
ISBN : 978-2'7324-3546-6
Cote : R LAG b
Georges ou plutôt Orge, ainsi que tout le monde l'appelle, né en 1901, vit entre son père Alexander, marchand de grains et sa mère Else. Depuis qu'il est tout petit, il règle tous ses problèmes à coups de poing, ce qui lui vaut assez vite un séjour en prison.
Au cours de ces années, le régime nazi s'installe en Allemagne, et avec lui, la persécution des juifs. Après un court passage à Berlin, Orge part pour la Tchécoslovaquie où il fait la connaissance d'Annie. Commence alors le temps des baisers : une période de bonheur comme aucun des deux personnages n'en a encore connue, jusqu'au jour où Hitler pénètre dans le pays et renverse le régime...
Il faut tout de suite vous dire que ce roman s'inspire d'une histoire vraie puisqu'il s'agit de celle du père de l'auteur.
J'ai choisi ce livre comme livre de la semaine car Rose Lagercrantz nous a fait l'immense honneur de venir au collège vendredi 28 novembre répondre aux questions qu'avaient préparées les élèves de 5ème B et ceux du Club Lecture du CDI.
Compte-rendu de l'intervention de Rose Lagercrantz
Mme Lagercrantz nous a d'abord parlé de l'origine de son prénom : elle est en effet la seule de sa famille à po
rter un prénom français. C'est sa mère, qui a connu la déportation, qui a choisi ce prénom. Elle avait contracté le typhus dans les camps, en avait réchappé de justesse grâce à la libération du camp par les anglais, et n'avait pas voulu retourner en Roumanie où plus personne ne l'attendait. Elle a choisi d'aller en Suède où elle a rencontré Orge qu'elle a épousé. De ce mariage est née notre future auteure, en 1947, qui s'est alors vue attribuer le prénom de sa grand-mère roumaine.
Pourquoi avez-vous choisi ce titre?
-Ce n'est pas moi qui l'ai choisi. Le titre suédois est " La petite fille qui ne voulait pas embrasser". C'est l'éditeur qui a fait ce choix.
Voyagez-vous beaucoup?
-Oui. En Suède, il n'y avait que mon père et ma mère. Aussi, nous voyagions pour rendre visite aux quelques membres de la famille qui demeuraient à l'étranger : à Berlin, en Roumanie, en France où Hugo, le frère de mon père résidait et où il a fini par épouser une française. Nous nous sommes même rendus en Afrique du Sud, quand j'avais trois ans : il avait fallu voyager trois semaines pour arriver à destination! La soeur de mon père y vivait, c'est elle qui nous avait acheté le billet.
Est-ce que voyager vous inspire?
-Oui, dès que j'arrive à Paris, j'écris beaucoup. J'ai toujours avec moi mon carnet. Hier, j'étais installée à la table de l'hôtel et les pensées sont venues comme des colombes! J'étais heureuse!
Est-ce que votre père vous a aidé à écrire votre livre?
-C'est lui qui, à quatre-vingts ans passés, s'est mis à me raconter son histoire. Il m'a demandé de l'enregistrer sans l'interrompre. Après, je ne savais pas quoi faire de cela, parce que c'était très sombre. Quelques années plus tard, j'ai loué l'appartement de Susie Morgenstern, et j'ai entamé un travail, mais je n'ai pas trouvé tout de suite la forme.
Avez-vous une autre passion que la littérature?
-Mes enfants et mon mari!
Et bien sûr la littérature! En ce moment, ma mère est en très mal en point, et je me sentais mal. Je suis allée dans une librairie anglaise à Paris et j'ai juste lu les titres des romans des auteurs que j'aime, comme Virginia Wolf, par exemple, et le simple fait de les lire m'a fait un bien énorme.
Quels sont vos auteurs préférés?
-Astrid Lindgren, c'est ma star, surtout quand j'étais petite : elle était comme un soleil! Andersen aussi. Ma mère me racontait beaucoup d' histoires. A quatre ans, je lisais moi-même car cela ne me suffisait plus.
Vous préférez lire ou écrire?
-L'écriture, car c'est beaucoup plus difficile.
Comment procédez-vous pour écrire?
-Je fais d'abord un brouillon à la main. Je fais toujours des textes très courts. Je n'aime pas les adjectifs ni les métaphores."Keep it simple" : Laissez ça simple, en français : c'est mon proverbe!
Etes-vous allée à la synagogue de Prague où est écrit le nom d'Annie?
-Oui, j'ai eu plusieurs fois l'occasion d'accompagner mon mari qui y allait en voyage d'affaires. Le jour où j'y suis allée, il faisait très froid. J'ai vu la fille qui écrivait les noms des personnes disparues. Elle ressemblait un peu à ma fille et c'est là que j'ai eu l'idée : sans Annie, je n'existerais pas, ma fille n'existerait pas non plus. J'ai voulu écrire un livre dédié à Annie. Le soir, nous sommes allés à l'opéra écouter Dom Juan. J'ai sorti mon carnet et j'ai commencé à écrire...ça m'a pris neuf mois.
Est-ce que vous avez envie parfois, quand vous relisez vos textes, de changer des passages?
-Oui, c'est pour cela que je n'aime pas me relire.Une fois, au théâtre, quelqu'un a lu un de mes textes, mais en français, et le français est une si belle langue que ça m'a calmé!
Que ressentez- vous quand vous avez terminé d'écrire un livre?
-La vie est vide! Il arrive parfois que l'éditeur ne l'aime pas, et là, c'est vraiment triste. Quand le livre est refusé, il faut avoir le courage de chercher un autre éditeur.
Comment votre père a découvert qu'Annie avait été tuée dans les camps?
-Il était venu de nombreuses fois après la guerre à Prague, et ses lettres n'ont jamais eu de réponses; il le savait.
Auriez-vous voulu connaître Annie?
-Mon père n'était pas très loquace à son sujet. Ma mère m'a donné par la suite un sac qui contenait toutes les lettres qu'Annie avait envoyées à mon père. Mais je ne les ai pas encore lues : elles sont très fragiles : le papier est très mince et l'écriture est toute fine et serrée : je ne m'y suis pas encore plongée.
Pourquoi avoir commencé par Il était une fois?
-Je ne commence jamais comme ça mais là, il fallait commencer comme ça parce que c'était une histoire unique et que c'était une histoire réelle.
Connaissez-vous Paris?
-J'y ai été invitée douze fois par le centre culturel suédois ( donc pendant douze mois ). C'est l'un des grands bonheurs de ma vie de me promener dans Paris.
Mme Lagercrantz a ensuite dédicacé les livres des élèves et la séance s'est achevée par un goûter.
Merci Mme Lagercrantz. Les élèves ont été enchantés de rencontrer un auteur qui a su répondre à leurs interrogations. Vous nous avez dit être très heureuse d'être parmi nous : c'était de l'avis de tous un bonheur partagé!